Derrière les publicités paradisiaques des promotteurs, et les discours rassurants de la Mairie, la réalité est bien différente.

Jusqu'à présent, la construction de nouveaux logements avait été maîtrisée.

Dans les années 70 et 80, Georges Gerthofer, le prédécesseur du Maire actuel, était beaucoup plus soucieux d'un développement équilibré des constructions que ne l'est la municipalité sortante. Et cette absence de maîtrise du développement de Pineuilh ne laisse pas d'inquiéter et pose plusieurs questions.

D'abord, il faut dire et redire que les pouvoirs du Maire, pour contrôler l'appétit des promotteurs immobiliers, sont considérables. Le Maire ne peut pas tout, mais il peut beaucoup. Car c'est à lui, et à lui seul, que revient la signature ou le refus d'un permis de construire. Face à un projet immobilier, un Maire peut imposer des conditions extrêmement fermes et précices : hauteur des bâtiments, type de matériaux employés pour les finitions extérieures, architecture conforme aux traditions locales, distance obligatoire vis-à-vis des riverains existants...

Rien de tel sur notre commune. A Pineuilh - avis aux promotteurs ! - il suffit de présenter un projet, il sera signé... les yeux fermés. Advienne que pourra...

Ensuite, il faut rappeler que la construction de nouveaux lotissements n'est pas un jeu à somme nulle pour le budget municipal : elle a un coût pour la commune, et donc pour l'ensemble des contribuables que nous sommes.

Un exemple: la Mairie a accepté de devenir propriétaire, dans quelques mois, de la totalité de la voirie, des espaces verts et de l'éclairage du lotissement "Parc Montaigne". Dès cette année, donc, ce sont les services municipaux et le budget communal qui devront assumer les charges nouvelles liées à l'entretien de ces espaces désormais "publics". Avant de prendre une telle décision, la municipalité en a-t-elle évalué le coût précis pour les Pineuilhais?

Enfin, troisième remarque, l'absence totale de concertation avec les riverains. A Pineuilh, il ne fait pas bon vivre dans une maison individuelle située en bordure d'un terrain vierge de constructions.

A n'importe quel moment, sans que vous en soyez averti, sans qu'un élu municipal ne daigne se déplacer pour tenir compte de votre opinion, un nouveau lotissement jouxtant votre propriété est peut-être en cours de signature sur le bureau du Maire... Le plus étrange étant que nombre de constructions se bâtissent actuellement sur des terrains autrefois classés en zones inondables.

Un autre point mérite d'être souligné: la plupart des grands lotissements construits ces dernières années ont été bâtis à la va-vite, sans cohérence sur le plan de l'aménagement urbain.

Comment prétendre organiser et structurer une commune, c'est-à-dire la développer en ayant une vision à long terme, en implantant des lotissements aux quatre vents?

Comment prétendre être un Maire-bâtisseur raisonné et responsable quand on accepte la construction de lotissements parfois au milieu d'un champ (Chemin de la Tapie), parfois au bout d'une impasse (Allée des Mésanges), sans anticiper les conséquences sur le plan du trafic automobile, de l'aménagement des voiries, des trottoirs ou, plus simplement, sans repenser le ramassage scolaire et le transport des personnes âgées. Autant d'investissements et de coûts qui reviendront comme autant de boomérangs fiscaux dans les années à venir...

A cela s'ajoute la mauvaise qualité des constructions neuves elles-mêmes: interrogez les artisans maçons de Pineuilh, ils vous diront la piètre qualité des matériaux employés. Et l'on en vient là à un autre problème de taille: la situation dans laquelle se trouvent les locataires des nouvelles résidences.

Samedi après-midi, j'ai passé un long moment à discuter avec une douzaine de locataires du "Parc Montaigne": électricité non-conforme, plafonds craquelés, murs fissurés, appartements non raccordés au réseau des eaux et assainissement, celliers non construits mais bels et biens facturés dans les charges locatives, problèmes de sécurité...

La municipalité en est informée, a reçu des dizaines de courriers: jamais elle n'a daigné se déplacer, ne serait-ce que pour mesurer l'étendue des dégâts et connaître la situation concrète vécue par les locataires, c'est-à-dire par administrés et des contribuables de Pineuilh.

Réponse du Maire et de ses élus: cela ne nous concerne pas et relève du domaine privatif. Autrement dit: "nous avons signé les permis de construire, nous avons accepté la construction de tel ou tel lotissement, maintenant, cela ne nous regarde plus"!

Pourtant les solutions existent.

Concernant la mise aux normes des réseaux électriques ou le raccordement au réseau des eaux et assainissement, la responsabilité de la Mairie est directement engagée. Il lui revient, en effet, sur la foi des témoignages établis par les locataires, de dépêcher un agent administratif assermenté pour dresser un procès verbal des malfaçons et alerter le procureur de la République qui devra lancer une enquête.

Et lorsqu'il s'agit de problèmes locatifs, et donc privatifs, il revient au Maire d'exercer toute son autorité de premier magistrat de la commune, par exemple en convoquant les gestionnaires immobiliers pour leur dire une chose simple: si vous ne répondez pas aux demandes légitimes des locataires, nous ne signerons plus aucun des permis de construire que vous entendez déposer sur la commune.

C'est le genre d'arguments que les promotteurs immobiliers comprennent parfaitement!